Comme chaque dimanche, je me suis levé de bonne heure, pour aller au marché.
J'y vais de bonne heure pour être sur de trouver une place au parking souterrain et éviter de tourner des lustres pour finir par rentrer et ne revenir qu'en toute fin de matinée.
Me voilà donc après avoir positionné correctement mon véhicule et fermé les portes à clef, en train de me diriger vers la porte du sas qui mène à l'ascenseur.
A peine avais-je ouvert la première porte, que j'entends la porte de l'ascenseur.
Je me précipite donc, comme je peux, pour atteindre la deuxième porte du sas et fais, sans le vouloir, assez de bruit pour réveiller tout l'immeuble permettre à la politesse et la gentillesse de se faire présente, puisque la personne qui venait d'entrer dans l'ascenseur, en a conservé les portes ouvertes pour me laisser profiter de cette montée.
A mon tour de montrer que moi aussi je suis bien élevé, je lance un "Merci" chaleureux à la personne ayant eu l’amabilité de m'attendre, tout en regardant ce que je faisais de mon chariot et en essayant de le positionner pour qu'il ne gène pas.
Une fois ce détail technique réglé, je peux enfin lever les yeux et découvrir le visage du bon samaritain qui avait tout aussi poliment et chaleureusement que moi répondu "de rien".
Et là, le choc !
J'ai cru que j'étais en train de faire un infarctus tellement j'ai été pris d'une douleur à la poitrine.
J'étais face à un charmant garçon, et encore charmant c'est léger, je dirais même, je me suis retrouvé face à un mec carrément beau, qui me regarde dans les yeux et me sourit.
J'étais comme paralysé, j'avais du mal à respiré.
Je me demandais quand mon corps arrêterait de résister à cette douleur qui m'envahissait et s'effondrerait en se ratatinant dans la boite exigüe où nous nous trouvions.
Pendant que mon esprit bataillait avec mes incompétences divinatoires en essayant de pronostiquer l'instant de mon futur évanouissement incontrôlé, mes yeux étaient toujours plongés dans le regard du bel inconnu, qui n'avait toujours pas détourné son regard et dont les yeux me fixaient toujours aussi intensément.
C'est dans ces moments là qu'on se demande, si l'on a pas une trace de suie qui vous balafre le visage, là ce n'était pas possible, vu que je n'ai pas de cheminée, ou si l'on a pas un énorme furoncle qui aurait avec une lâcheté sans nom et sans votre permission élu domicile en plein milieu de votre tronche pendant que vous dormiez un peu, ce n'était pas ça non plus, j'ai pu le constater plus tard, ou s'il n'y a pas un monstre quadri-tête juste derrière vous près à vous inviter à sa table pour lui servir de repas, mais là encore vu l'étroitesse des lieux, il n'était nul besoin d'appeler les men in black à la rescousse.
C'est aussi dans ces moments là que le temps te parait une éternité, alors qu'il ne se déroule que quelques instants.
Avec le recul, je me demande même si pendant cet hallucinant moment, je n'avais pas l'air de la plus belle truffe du monde, gueule ouverte de niaise béatitude devant un mec carrément beau.
Le silence était total à l'exception de la machinerie qui nous hissait, tout, mais alors tout doucement.
Nos yeux étaient toujours en contemplation les uns des autres (enfin moi surtout pour la contemplation).
L'attente était quasi insupportable à tel point que le silence en devenait pesant.
C'est lui qui rompit alors, le silence.
"Bonjour ! Moi, c'est Jérémie".
Là t'as le palpitant qui s'emballe, tu sens que tes dons de Nostradamus arrive à l'apogée de leur capacité et que le moment est venu pour que ton corps te lâche et que tu ne sois plus qu'un amas de chair et d'os posé à même le plancher de la cabine de l'ascenseur.
Mais qu'est-ce qu'il fout celui-là ?
Pourquoi, je ne suis pas déjà en position d'être le parfait client du samu local ?
Bon, prémonition merdique, faut réagir.
"Euuuuuhhh ! Bonjour ! Moi, c'est le Virus !"
(Oui je sais dit comme ça, ça le fait pas ! Mais bon j'avais encore assez de capacités mentales pour lui donner mon vrai prénom !).
Et nous revoilà, partis pour un blanc sidéral !
Nous étions face à face, quasiment nez contre nez (ben oui, ils ont beau afficher que tu peux entrer à six personnes, déjà la quatrième, elle doit faire du forcing au chausse-pied pour entrer).
Et là, t'es repartis dans des délires psychédéliques t'amenant de nouveau à calculer quand la honte qui t'accable d'être capable d'autant de niaiserie va enfin faire de toi, une limace bonne pour l'hosto, histoire de garder un tant soit peu de dignité.
Mais, non, rien ne se passe, t'es toujours debout, tu sens que ton visage monte en température et se rapproche du carmin absolu, tu sens bien que sous ton jean, y'en a une qui a décidé de faire la fière et qu'elle t'envoie des signaux par tous tes capteurs sensoriels te faisant comprendre qu'elle a besoin d'air parce qu'elle étouffe, et que c'est à ce moment là que t'es sûr d'avoir le carmin total.
Quand soudain, tu te retrouve avec les lèvres du bel inconnu, collées aux tiennes, ta langue en train de batailler avec la sienne, et c'est là que tu te rends compte que t'as les yeux fermés et qu'en fait tu te sens vachement plus que bien !
Tu te sens tellement bien, que t'as même pas vu, et lui non plus d'ailleurs, que la porte de l'ascenseur s'est ouverte, puis s'est refermée et que ensemble, on est juste en train de redescendre à l'étage du parking toujours collé l'un contre l'autre dans la cabine exigüe, que là franchement, ça serait le pied total qu'elle s'arrête en plein milieu et t'aies quelques heures avant qu'on vienne te délivrer de cette horrible situation que c'est un miracle.
T'es en plein nirvana, quand tu sens que la cabine a rejoint l'étage du parking et que la loupiote s'éteint.
C'est à ce moment là que tu sens que l'engoncée de derrière ta braguette t'annonce qu'elle a un visiteur qui lui donne des raisons d'avoir encore plus envie et surtout une bonne raison de sortir de sa prison étriquée, et que par réflexe tes mains, y'a pas de raison qu'elles restent comme deux connes ne sachant pas quoi faire et que machinalement l'une d'elle va à la rencontre de la braguette du Jérémie toujours pendu à tes lèvres, et qu'elle t'informe que lui aussi, a une locataire qui ne demande qu'à sortir à l'air libre.
Là ton esprit part dans des spéculations hasardeuses imaginant une apocalypse de sensations merveilleuses qui serait vachement plus sensationnelles vu le risque qu'il y aurait de se faire découvrir avec le pantalon ratiné au niveau des chevilles.
Tout d'un coup, la réalité te revient en pleine gueule, tu te souviens que quand tu t'es réveillé t'as juste enfiler tes fringues sans passer par la case salle de bain.
Et comme la vie est une grosse salope plutôt pas trop mal foutue, c'est justement quand tu commence à regretter de ne pas avoir réglé ton réveil 15 minutes plus tôt, que la lumière se rallume et que la cabine commence à remonter parce que y'a un connard quelqu'un qui a besoin de descendre au parking.
Là, la magie s'interrompt et la dignité humaine reprend ses droits, tant et si bien qu'à l'ouverture des portes au niveau supérieure, les deux occupants de la cabine sortent tels des clampins moyens pour s'engouffrer dans le marché, rassurés de ne pas avoir été surpris pour attentat à la pudeur.
Ils se regardent, se sourient et comme ils sont franchement et carrément deux abrutis de service la tête dans les nuages, ils ne pensent même pas à échanger leurs numéros de téléphone.
La semaine prochaine, je me lève plus tôt, je prends une douche avant d'y aller et si j'ai la chance de le recroiser, non seulement je prends son numéro, mais une fois les courses terminées, je vais aller prendre le café chez lui.